dimanche 3 février 2013

Chapitre II : Le Bar-raB (partie 1)



Comme chaque jour depuis près de deux saisons maintenant, lorsque Tyon et ses amis franchissaient l'un de ces immenses arcs cardinaux de pierre - celui de l'Est dans leur cas - ils pénétraient dans un lieu en éveil. Les cloches matinales, sonnant le début de la journée, résonnaient aux quatre coins du Bourg, arrachant les derniers paresseux à leurs lits.

Le Bourg Central, cœur de Natale, était avant tout remarquable pour ses grandes maisons à colombages, de couleur crème, munies de poutres en bois sombre. Leurs fenêtres aux balustrades ornées de jolies fleurs, s'ouvraient successivement, découvrant des visages encore rêveurs, qui s'y attardaient afin de savourer la fraîcheur du petit matin. Les plus matinaux étaient déjà dehors, passant un coup de balai au seuil de leur porte, saluant chaleureusement les jardiniers qui sillonnaient les rues tapissées de pavés rectangulaires et polis, incrustés à intervalles régulières de grosses pièces de bronze portant l'emblème provincial. Les jardiniers, poussant leurs brouettes débordantes d'échantillons de fleurs, d'outils, et de sacs de terre fraîche brouillée à du fumier, s'arrêtaient par-ci, par-là, pour arroser et embellir les fleurs réparties aux pieds des maisons, ou suspendues à des pots muraux en terre cuite.

À première vue, l'intérêt porté aux plantes dans le cœur de la Province, pouvait paraître normal, voire banal. Mais en réalité il en était tout autre, car celles-ci s'avéraient être des pièces maîtresse dans l'organisation des lieux.

Dans le Bourg Central, chaque rue n'avait pas pour identité un nom en relation avec un personnage important, ou le commerce le plus connu du coin. Elle avait pour identité le nom des fleurs qui y abondaient - et bien sûr, dans chaque rue poussait une espèce bien spécifique -. Et avec l'arrivée du Printemps, il n'était pas rare d'assister à des situations fort burlesques. Par exemple, ceux et celles qui étaient allergiques aux giroflées, se devaient d'éviter la rue des Giroflées et effectuer un détour par la rue des Lilas ; quelques uns comme Tyon, que l'odeur des iris importunait, devaient emprunter celle des Violettes. Et au final, on se retrouvait bien souvent avec des gens, possédant un itinéraire précis qu'ils respectaient à la lettre. Ces anecdotes poussaient souvent plus d'un coquin à proverber : « Qui parcoure entièrement les rues du Bourg Central est un véritable natale »

Tyon, Émeryne, Zuck, Hance et Shinkei, progressaient au milieu des rues principales, qui, en ce début de Printemps, ne diffusaient pas encore véritablement leurs senteurs. Petit à petit, elles se comblaient de monde, au grand dam des jeunes gens : en cas d'affluence il était interdit de moavaucher, sous peine d'amende.

Nos chemins se séparent ici Nuage Blanc, annonça Shinkei, en lui faisant un signe de la main, juste après que Zuckine les ait quitté.

— Salut ! Bonne journée à la maison de forge ! Charria Tyon, qui savait bien que son ami détestait le lieu où il effectuait sa sociétale.

— Ouais. Bonne journée à ta taverne impopulaire ! Rétorqua-t-il avec froideur, avant de presser le pas, suivi du petit Hance. Avance limace... !

« Impopulaire... » se redit Tyon d'un air rêveur. « Peut-être... Mais au moins, elle ne passe pas inaperçue...»

Peu après, Tyon et Émeryne arrivaient devant ce qu'était la « taverne impopulaire ». Il s'agissait de cette bâtisse qui faisait face à une belle fontaine, et qui était située dans la Place des Safrans.

— Bar-raB, lut à haute voix Émeryne, sur l'enseigne en bois, clouée au-dessus de l'entrée principale.

En plus d'être célèbre pour son impopularité, le Bar-raB l'était encore plus pour son architecture singulière, qui faisait de lui l'intrus de la Place des Safrans ; le point noir dans le ciel bleu, pour certains ; ou le ver dans le plat de pâtes, pour d'autres. Ceux qui l'apercevaient de près ou de loin, bien qu'accoutumés à sa présence, ne pouvaient s'empêcher de s'attarder, avant de reprendre leur chemin en hochant la tête. Car le Bar-raB, n'était rien d'autre qu'une bâtisse en bois en forme de choppe géante...

On y accédait en gravissant quelques marches, et en franchissant ses portes battantes. Latéralement, on pouvait apercevoir une échelle qui courait le long de sa paroi externe, et qui donnait directement à l'une de ses deux salles. Ses fenêtres en bois épousaient parfaitement les courbes arrondies de la bâtisse, et vues de l'intérieur, elles semblaient gonflées.

Non loin de là, se trouvait un groupe d'enfants avec leur institutrice. En apercevant Émeryne, la jeune femme lui adressa un signe de la main, insinuant qu'elle pouvait encore rester avec Tyon, ses camarades ne répondant pas tous présent à l'appel.

— C'est très étrange, commenta Émeryne, à propos de la choppe géante qui s'érigeait fièrement devant elle.

— Oui. Mais c'est très pratique quand on a une grosse soif, blagua son ami.

D'après ce qu'il avait pu entendre, la construction de la chose avait déchaîné les passions, les uns la qualifiant d'abomination, d'insulte, de crachat à l'harmonie architecturale du Bourg Central ; les autres arguant qu'il s'agissait du renouveau artistique natale. Mais tous ces débats, aussi houleux qu'ils avaient pu être, n'avaient pas empêché le Bar-raB d'essuyer des tentatives d'incendies, d'inondations, d'introductions volontaires de termites et de rats malades. Mais à tout cela, il avait survécu, comme immunisé contre les maux les plus impitoyables qui soient. Hélas, ce ne fut guère le cas de ses malheureux propriétaires : le premier fit faillite, le second devint boiteux après qu'une poutre lui soit tombée dessus, le troisième fut porté disparu, et le quatrième mourut fou.

— Le Bar-raB, le Bar-raB, chantonnait Émeryne pendant que Tyon la hissait pour la faire descendre de Hardie. Oh, Tyon ! Regarde !

Émeryne pointa du doigt un bonhomme, au pied de la taverne, en train de faire danser son macaque sur un air de harmonica.

— C'est Claugie, un fidèle du Bar-raB... Mais aussi le nouveau veilleur, ajouta-t-il d'une voix qui trahissait son scepticisme. Viens, allons lui dire bonjour.

Claugie et son macaque n'avaient pas seulement réussi à capter l'attention de la petite Émeryne. Quelques passants, amusés, s'étaient accordés une pause dans leur trajet. Ils regardaient ce drôle de bonhomme coiffé d'un bonnet, d'où s'échappaient de longues mèches cendrées, qui jouait de l'harmonica, tandis que son macaque vêtu d'une robe de poupée rose, dansait en décalage avec le rythme. Et lorsque le concert improvisé prit fin tous applaudirent, puis glissèrent une pièce ou deux dans la bourse que le petit animal agitait à leurs pieds.

— Salut Claugie ! Adressa chaleureusement Tyon, en s'approchant de lui une fois que les spectateurs s'étaient dispersés.

— Tyon ! Comment tu vas ? S'exclama-t-il joyeusement, récupérant la bourse des mains du primate.

Il se mit à compter sa paye, un sourire songeur aux lèvres. Il formait de petites tours de cinq pièces sur la paume de sa main, quand son attention fut attirée par ces deux grands yeux braqués sur lui.

— Mais... qui est donc cette ravissante petite dame ? Voulut-il savoir en s'accroupissant poliment devant elle.

— Émeryne ! Répondit-elle. Comment s'appelle votre macaque ?

— Il s'appelle... Singe.

— Ouh-haha ! Confirma l'animal, qui se changeait derrière un mur en carton lui servant de loge de fortune.

— C'est vrai ? S'étonna Émeryne.

Bien sûr. Il est sympa, mais fais attention à ta fée ! Avertit-il, avant de confier à voix basse : « ... Il est très friand des créatures volantes... ! ».

À cette évocation, Lunra menaça le macaque de sa baguette, et ce dernier couina de peur. Dans le passé, il avait essayé plus d'une fois de le capturer pour en faire un amuse-gueule, mais le fé, grâce à ses pouvoirs puissants, était toujours parvenu à déjouer ses plans sournois, et à le mener la vie dure par la suite.

Peu après, Émeryne leur dit au revoir et partit rejoindre le reste de sa classe. Tyon saisit Hardie par les rênes, et fit le tour de la grande choppe. Ils empruntèrent un chemin en pente conduisant aux écuries, situées au premier sous-sol de la taverne. Il poussa une porte en fer, qui grinça désagréablement en raclant le sol, et ils y pénétrèrent.

Les écuries du Bar-raB ne ressemblaient, à la connaissance de Tyon, à aucune autre à Natale. D'abord, parce qu'elles se trouvaient dans un sous-sol ; ensuite parce qu'elles étaient de forme circulaire ; et enfin pour la raison qu'elles faisaient plus penser à des oubliettes, où auraient pu moisir des forçats, sans que nul n'ait vent de leur présence. C'est pour cette raison que Jarvet1, le gérant du Bar-raB, avait creusé des fenêtres à hauteur de la rue, afin qu'elles bénéficient d'un peu de lumière, et que ses occupants n'en finissent pas fous.

— Hueirg ? Huerqua un moa tapis dans l'obscurité.

— Hueirk ! Répondit Hardie, qui se mit aussitôt à gesticuler afin de se libérer de Tyon.

Il trotta rejoindre son compère moa, qui, en traversant un épais faisceau lumineux, arbora sa silhouette fine et élancée, et son plumage éclatant.

— Bonjour Svelte ! Dit Tyon en caressant le bec du grand oiseau, qui s'était mis à émettre des bourdonnements de plaisir. J'espère que tu n'as pas fait tomber Jarvet, aujourd'hui.

Hueirg !

Après s'être assuré que les mangeoires des écuries étaient pleines d'une bouillie sirupeuse, faite de graines écrasées et de vers gras, Tyon emprunta les escaliers, qui le menèrent au rez-de-chaussée, laissant Lunra surveiller les moas. Lorsqu'il foula le plancher de la pièce suivante, il s'immobilisa, ferma les yeux, et s'adonna à ce petit rituel qu'il aimait tant. Il haussa le nez, dilata ses narines, et inspira profondément. Ici, flottaient des odeurs de lait frais, que le fermier avait livré un peu plus tôt dans la matinée ; de caramel fondant, de chocolat, et de graines de café en pleine torréfaction. Elles se brassaient à celles des croissants dorant au four, des chocolatines, mais surtout à celles des pains fourrés à la crème pâtissière et nappés de caramel... les préférés de Tyon.

Quand il ouvrit les yeux, il se trouvait dans un petit couloir vertical, au fond duquel il y avait une porte discrète. Il alla dans la direction opposée, et se retrouva au seuil d'une grande salle étonnement circulaire, comme toutes les autres de ce lieu d'ailleurs. À sa gauche, s'érigeait le comptoir rectangulaire, qui formait avec la paroi courbée une figure de demi-lune horizontale. Derrière celui-ci, s'alignaient sur des étagères des collections de liqueurs aux mille et unes couleurs, mêlées à des verres de cristal qui étincelaient lorsque les cinq lustres de la salle étaient allumés. Le comptoir faisait face aux portes battantes, encore fermées pour l'instant. Un peu en retrait, à gauche, se dressait un mât en bois poli, qui permettait d'accéder de façon spontanée aux différents niveaux de la taverne, sans avoir à emprunter ces escaliers en spirale qui s'enroulaient autour de lui. Dans le reste de la salle, se répartissaient des tables rondes, équipées chacune de cinq chaises ou tabourets ; un billard ; et une petite scène poussiéreuse, à gauche des portes battantes, que les musiciens avaient depuis longtemps boudé. On pouvait distinguer les silhouettes vagues d'un vieux piano, contre lequel était adossé une guitare, à côté d'une contrebasse et d'une paire de tambours miniatures. Tout dans cette salle était en chêne massif, des parois au plancher, en passant par le mobilier.

Tyon allait partir ouvrir les portes battantes, lorsqu'il perçut un long crissement. Il pivota aussitôt vers la mât, et vit une forme fuyante se laisser glisser dessus, avant de se réceptionner avec délicatesse. Il s'agissait d'un homme, dont on ne savait s'il fallait donner la fin de la vingtaine ou les premières heures de la trentaine. Son apparence laissait penser qu'il était un tombeur né : grand et mince, ses yeux étaient bleus, incrustés dans un visage ovale agrémenté d'une chevelure de couleur noir ébène, naturellement soyeuse et brillante. À cette série de qualités, il fallait ajouter ce sourire éclatant, qui le faisait ressembler à un prince charmant légèrement vantard...

Mais hélas, quand on le connaissait bien, on savait qu'il s'agissait d'un bien piètre séducteur, qui faisait fuir toutes ces demoiselles dès qu'elles apprenaient qu'il était le gérant de ce lieu maudit qu'était le Bar-raB...

— Salut mon grand ! Lança-t-il en s'approchant de lui d'un pas assuré.

— Salut Jarvet ! Fit Tyon en lui donnant une tape complice dans la main. Tu as l'air en pleine forme aujourd'hui... Que s'est-il passé ? Svelte ne t'a pas fait tomber ?

— Très drôle Tyon, répliqua-t-il en secouant la tête. Eh bien sache que j'ai une très grande nouvelle à t'annoncer : cette saison, les huissiers ne viendront pas nous importuner !

— Sans blague ? Hallucina Tyon, incrédule. Ils ne vont plus confisquer le Bar-raB pièce par pièce ?

Voilà qui était un autre détail, qui ne faisait que creuser un peu plus le fossé entre le Bar-raB et les autres tavernes du Bourg Central : la menace constante des huissiers. Aussi longtemps qu'il pouvait se souvenir, jamais il ne s'était passé deux semaine sans que les charognards ne viennent leur rendre visite. À la longue, Tyon les connaissait presque tous, et plaisantait même avec certains, ce qui avait le don d'agacer Jarvet.

— Sans blague ! Confirma Jarvet, plus sérieux que jamais. Nous avons décidé de fêter cela ce soir. Nous dînerons tous les quatre ici. Qu'en dis-tu ? Tu es de la partie j'espère ?

Tyon resta silencieux et réfléchit un instant. La Forêt des Selves... Il devait absolument s'y rendre... Tant pis pour le dîner.

— Je ne pourrais pas ce soir, répondit-il, en faisant la moue.

— Comment ça tu ne pourras pas ? Rétorqua une voix féminine.

Tyon adressa un coup d'œil aux escaliers en spirale qui entouraient le mât. Une femme dodue les descendait. Elle portait un tablier à bord brodés, et était coiffée d'un petit chignon. Il s'agissait de Gretta, la cuisinière attitrée du Bar-raB. Elle était celle qui préparait les plats délicieux de la taverne, ainsi que les succulents pains à la crème pâtissière dont Tyon raffolait. Gretta avait tout de la mère poule débordante d'amour : elle était attentionnée et protectrice, surtout envers son petit Tyon, contre les attaques fréquentes de cette jeune fille qui la succédait dans les escaliers.

Elle était brune, avait les yeux bridés, et ne souriait guère. Cette fille là, Tyon la connaissait bien, très bien même, puisqu'il s'agissait de cette ogresse avec qui non seulement il cohabitait, mais en plus avec qui il effectuait sa Sociétale : Danne !

Gretta s'approcha et déposa un baiser sur le front de Tyon, tandis que ce dernier évitait de croiser le regard de celle qu'il surnommait secrètement l'Ogresse.

Qu'est-ce qui t'empêche donc de venir dîner avec ta Gretta ce soir ? Enquêta la femme, en enfonçant ses poings dans ses hanches.

Tyon l'observa silencieusement, se contentant de hausser un sourcil et de sourire en coin. Elle était drôle cette Gretta, avec ses yeux fins et pointus, et son visage tout rond qui semblait se friper autant qu'une vieille orange, quand elle fronçait ses sourcils minces, comme à cet instant.

— Alors ? Tu ne me réponds pas ? Insista-t-elle en plissant un peu plus ses yeux.

— Il a rencard ce soir, balança Danne, qui se tenait en retrait, familièrement assise sur une table.

Comme souvent elle portait des vêtements sombres, accompagnés d'un bandeau blanc noué autour de la tête. Son pantalon bouffant s'arrêtait au niveau des mollets, découvrant des pieds fins, glissés dans des sandales.

Vraiment ? Dit Jarvet, incrédule, avant de tapoter l'épaule de Tyon et de lui glisser : « Félicitations, tu marches sur mes pas... Tu sais à quelle porte frapper si tu as besoin de conseils »

— Ah, j'ai toujours su que mon tout petit serait le plus grand des tombeurs ! Déclara Gretta, ce qui ne fut pas vraiment du goût de Jarvet. Tu n'as qu'à venir avec elle !

— Hé ce n'est pas vrai ! Démentait Tyon, qui sentait déjà là un nouveau sujet qui ferait de lui, une énième fois, le souffre-douleur du Bar-raB.

Il ment ! Accusa Danne.

— Allons Danne, arrête un peu de taquiner notre petit Tyon, intervint Gretta en prenant le cadet du Bar-raB dans ses bras, sans qu'il ne puisse objecter. C'est déjà dur pour lui d'assumer le rôle du plus petit, alors si en plus on se met à le taquiner...

— Arrête Gretta ! Se défendait Tyon en tentant de se délivrer de son étreinte de pieuvre, tandis que Jarvet s'esclaffait.

— Oh, j'allais oublier... Je t'ai préparé ces pains à la crème pâtissière que tu aimes tant, rappela-t-elle en gravissant les marches, avant de revenir, un plateau en mains. Je trouve que tu as beaucoup maigri ces derniers temps, il faut que tu manges. Engraisses-tu bien mon petit, à la Maisonnette, Danne ?

« Hé ! Je ne suis pas un poulet quand même ! » Aurait voulu crier Tyon.

— Ouais, fit Danne en haussant les épaules.

Et l'adolescente disait vrai. Malgré son caractère qui laissait à désirer et son jeune âge, Danne se révélait être un véritable cordon bleu, qui concoctait les mets les plus raffinés à la Maisonnette. Cette qualité avait le don de dissiper les reproches et le zeste de rancœur que Tyon éprouvait souvent pour elle.

Mais sa réponse n'empêcha pas Gretta de hocher la tête, mécontente.

— Je ne suis pas du tout d'accord avec cette Sociétale... ! Fit-elle savoir, après avoir inspecté Tyon et Danne de la tête aux pieds. Comment peut-on laisser des gens aussi jeunes que vous, vivre tous seuls dans une maison ? Danne n'a même pas seize ans !

Mais Gretta, la Chochiétale che n'est pas cheulement habiter cheul, fit le cadet du Bar-raB en se goinfrant d'une viennoiserie. Jarvet te l'a encore expliqué la semaine dernière !

Gretta haussa ses épaules rondouillardes et tous, sauf Danne, rirent.

Voilà ce qu'était la petite famille du Bar-raB. Jarvet, le gérant ; Gretta, la cuisinière ; Tyon, le jeune sociétale, et Danne. Ces deux derniers étaient en charge de cette salle à l'étage, que l'on surnommait la Salle Haute, tandis que celle du rez-de-chaussée était la Salle Basse. Toutes deux ne différaient pas vraiment, à l'exception que la première était plus conviviale, et qu'elle était en chêne blond.


1La prononciation correcte est Jarvètt

jeudi 24 janvier 2013

Chapitre I : Le garçon, le moa et le fé




La bourgade des Arbusines était très certainement l'une des plus connues à Natale. D'abord, parce ce qu'elle avait été bâtie à la frontière de la Forêt des Selves, ce qui avait pour conséquence directe que des choses parfois étranges s'y déroulaient ; ensuite, à cause de sa structure assez curieuse. Les maisons, toutes en bois, s'alignaient d'un côté, faisant face à un couloir d'arbres prolongeant la Forêt des Selves, qui s'étirait longuement avant de donner naissance, à son extrémité, à ce que l'on appelait le Bois Arbusé. Et entre les deux rangées, qui faisaient penser à deux lignes militaires, l'une contenant les hommes et l'autre les Selves, s'allongeait la voie unique de la Bourgade : l'Allée des Arbuses. D'ailleurs, nos cinq amis s'y trouvaient en ce moment, sur le chemin du Bourg Central.

Tyon portait, comme souvent, sa fidèle salopette d'un gris très sombre, et sa marinière à manches courtes, zébrée de noir et blanc.


Il y a un monde fou ! Constatait Émeryne, confortablement assise devant Tyon sur la monture, alors qu'elle scrutait les alentours. C'est à cause de la boue selve, qui inonde un bord de l'allée. Nous sommes obligés de nous resserrer de l'autre côté !

Émeryne était une fillette très curieuse pour son âge... Tyon s'en était rendu compte dès leur première rencontre, il y a deux saisons, peu après son arrivée à la Bourgade. Il avait été surpris de voir arriver un jour, une petite fille portant une plat recouvert d'une serviette à carreaux blancs et verts. Elle venait lui apporter des viennoiseries en guise de cadeau de bienvenue, et depuis ce jour, ils étaient devenus bons amis. Avec les autres enfants de son âge, Émeryne était très timide, et avait un mal fou à se mêler à eux, ce qui faisait qu'elle se retrouvait bien souvent seule et sans amis. Et malgré les encouragements fréquents de Tyon, elle ne parvenait pas à s'en faire, si bien qu'il était son seul et unique ami. Et cela semblait suffire à la petite fille.

À cause de sa petite taille, elle ne voyait rien d'autre qu'une foule constituée principalement de jeunes gens, ayant une moyenne d'âge de douze ans. Comme Tyon, beaucoup chevauchaient leurs moas, et escortaient des petits garçons ou des petites filles. D'autres étaient en train de recevoir leur baiser maternel sur le seuil de la porte, avant d'enfourcher leur oiseau et descendre la cour en pente menant à l'allée.

Ici, tout le monde ou presque se connaissait, et il n'était pas surprenant d'adresser encore et encore des signes de la tête aux autres.


Salut Ty !


Salut Dinah !


Salut !


Salut Nat !


Salut !


Salut George !

C'était ainsi, presque tout les matins ; et pas seulement dans la bourgade des Arbusines, mais aussi dans toutes les autres de la province de Natale. À ce spectacle qui finissait par se transformer en un concours de celui qui taperait dans le plus de mains, ou récolterait le plus de sourires de filles toutes rouges, il fallait aussi ajouter ce brouhaha collectif qui agaçait autant qu'il plaisait, ainsi que ce véritable arc-en-ciel de féees. Tous flottaient au-dessus de cette marée humaine, baignant les jeunes gens dans leurs lueurs chaleureuses.


@*#& !! Avance, limace ! Ordonna soudainement une voix colérique, derrière.

Tyon comme beaucoup d'autres se retourna, surpris, et aperçut un gamin à lunettes, rond comme un beignet ( tout comme le fé qui flottait à ses côtés ), accablé par le poids de son cartable ayant l'air de contenir une enclume. Le gamin était suivi d'un garçon châtain clair, au visage sévère, qui semblait vouloir foutre un coup de pied dans son gros derrière. Émeryne confia à voix basse à Tyon, que le petit se prénommait Hance, et qu'il était dans sa classe. Ce dernier sourit. Il le savait déjà.


@#*% !! Jura le châtain clair, qui s'attira une ribambelle de regards choqués et des murmures de mécontentement.


Laisse-le un peu tranquille ! Intervint soudain Tyon, à la plus grande surprise de tous.


Oui, limace gluante toi-même ! Renchérit Émeryne, déclenchant des rires.

Le garçon haussa ses sourcils en circonflexe, et chercha du regard l'imprudent qui avait osé interrompre son humiliation publique. Il repéra Tyon et le dévisagea.


Toujours à jouer les héros, balança-t-il, Nuage Blanc !

Le garçon s'approcha de Tyon et lui donna une tape amicale dans la main.


Qu'est-ce que le petit Hance a encore fait pour mériter un tel châtiment ? Questionna Tyon en jetant un coup d'œil sur le malheureux, qui mouillait ses yeux de larmes pour son sauveur.


Cette larve est lente et molle ! Aussi molle que son fé qui passe son temps à se goinfrer ! Grinça-t-il.


Il ne s'appelle pas goinfre mais Glouton D'Or ! Précisa Émeryne, délivrant Égluantine afin qu'elle aille jouer avec le fé dodu qui volait près de Hance en grignotant un noyau de cerise.

Sévère, froid, et pousseur de juron à tout va. Voilà ce qu'était, à première vue, Shinkei1. Si au début son comportement bien trempé avait fait de Tyon et lui des ennemis jurés des cours de récrés, ils avaient fini par se lier d'amitié. Car malgré les apparences, Shinkei avait un bon fond. Certains disaient de lui, que de toute façon, en arrivant au monde avec un nom pareil, on ne pouvait pas être gentil. À part son humeur toujours excellente et ses drôles de sourcils en circonflexe qui lui donnaient un air comique, Shinkei avait cette manie amusante de distribuer des surnoms à tout le monde.


Tu peux me dire ce que nous avons fait pour être condamnés à traîner derrière nous ces gosses chaque matin ? Râla-t-il, déclenchant un bourdonnement soutenu de râles, qu'il étouffa d'un regard assassin.


Parce que vous devez respecter la Sociétale ! Éclaira Émeryne.

Cela sembla agacer Shinkei.


Ah oui ? Et qu'est-ce que tu sais, toi, à propos de la Sociétale ?

Et Tyon, en bon élève, récita :


Pour faire simple, c'est un modèle de société propre à Natale, c'est pour cette raison qu'on l'appelle Sociétale. Il s'agit d'un système d'entraide commune, qui consiste à rendre acteur de la société chaque citoyen, des plus jeunes aux plus âgés. On entre véritablement dans la vie sociétale une saison après la fin de son cycle primaire, c'est pour cette raison que des jeunes gens, comme toi et moi par exemple, sommes chargés de parrainer une personne plus jeune. L'aider dans ses devoirs, l'accompagner à l'école, ou la ramener. Mais en plus, nous devons trouver, toujours à la fin du cycle primaire, un endroit où effectuer notre Sociétale en tant qu'assistants, durant cinq ans, soit dix saisons. Nous venons de commencer la deuxième, plus que huit ! Conclut-il avec gaieté.


Si tu étais comme ça en classe, tu serais tout le temps le premier, plaisanta une voix dans leur dos.


Zuckine ! S'exclama Émeryne, qui venait de se pencher sur le côté, avant d'être imitée par les autres.

Pavel Zuckine était, de tous les amis de Tyon, le plus effacé, mais aussi le plus curieux. Sa chevelure, d'un noir ébène, ondulée et impeccablement ramenée en arrière, ainsi que ces chemises assorties de gilets, et ces pantalons de toile qu'il portait, trahissaient son côté noble natale. Il avait le teint brun, le regard bienveillant, et son visage était toujours animé par une expression rêveuse. Tyon, Shinkei, et les autres garçons de leur bande, avaient fini par devenir amis avec ce prince charmant des cours de récrés, après une longue période de mise à l'écart justifiée par sa popularité éclipsante.

Lunra, Glouton d'Or, Bombou ( le fé de Shinkei ) et Égluantine, s'étaient empressés d'aller dire bonjour au fé de Zuckine, ou plutôt à ses féees... Car Zuckine faisait partie de ces rares personnes à Natale qui possédaient non pas une mais plusieurs féees...

Les siennes s'appelaient les Cassix, et de mémoire, Tyon n'avait jamais vu des féees sextuplées comme elles. Les Cassix étaient très amusantes, d'abord pour leurs petites querelles, ensuite pour leurs pouvoirs, qui étaient de multiplier les choses selon leur ordre de naissance. Par exemple, la sixième avait le don de sextupler, la cinquième de quintupler, le quatrième de quadrupler, la troisième de tripler, et le second, de dupliquer... Seul le premier avait un don différent : celui d'unifier.

Petits, la bande d'amis adorait leur faire appel afin de multiplier un gâteau ou une friandise et se régaler.


Tiens donc, le Bourgeois Volant, commenta Shinkei, lorsque Zuck les eut atteint. Qu'est-ce que ta prestigieuse sociétale et toi avez prévu de faire aujourd'hui ?

À travers sa remarque, Shinkei faisait référence au Vallègéoport de Natale, berceau de toutes les inventions provinciales, où Zuckine effectuait sa sociétale.


Nous allons enfin débuter le Projet Amélia, annonça-t-il calmement. Et cela nous prendra environ trois saisons.


C'est quoi le Projet Amélia ? Voulut savoir le petit Hance, qui suivait à présent Shinkei, les jambes traînant de fatigue.

Cette scène rappelait désagréablement quelque chose à Tyon, qui ne put s'empêcher de fusiller du regard son ami.


Silence, boulet ! Gronda Shinkei. Tu n'es pas autorisé à parler !


Méchant Shinkei ! Adressa Émeryne en lui tirant la langue.


Le Projet Amélia consiste à créer un modèle révolutionnaire de Vallèges... ( Hance le regarda d'un air confus ). Mais si tu souhaites savoir ce qu'est une Vallège... tu devras encore patienter quelques saisons ! Ajouta Zuckine en souriant, content de cultiver le mystère.


Moi aussi je ferai ma Sociétale au Vallègéoport ! Annonça Hance, résolu.


Mais tu vas te taire, oui ? Lança Shinkei.

Ils poursuivirent tranquillement leur chemin, tandis que leurs féees, Lunra, Égluantine, Bombou, Glouton D'Or, ainsi que les Cassix, discuteffladaient. Leur langage ressemblait plus à des sifflements mélodieux, qui, mêlés aux gazouillis pétillants des oiseaux, plongeaient la bourgade des Arbusines dans un concerto matinal agréable.

Lorsqu'ils eurent enfin atteint l'arc des Arbusines, ils se retrouvèrent face à l'immensité des prairies verdoyantes de Natale, où, au fil du Printemps, émergeraient des hautes herbes de jolies fleurs aux couleurs panachées.

À chaque fois qu'elle atteignait cet endroit avec Tyon, Émeryne ne pouvait s'empêcher de contempler avec émerveillement cette vaste étendue de verdure, où poussaient à l'horizon, de hautes palissades abritant les mystérieux peuples des prairies. Au loin, on distinguait des troupeaux de moas sauvages, fendre les collines et les bois à vive allure, suivis de leurs moasillons. Puis, Émeryne regardait les jeunes garçons et filles courber le torse sur leur monture, avant de céder à cet instinct presque sauvage, qui consistait à s'élancer à pleine vitesse dans l'océan végétal, pour se précipiter vers le Bourg Central qui trônait au milieu des prairies...


1La prononciation correcte est Chinn-Kè.

lundi 14 janvier 2013

Chapitre Introductif : La Maisonnette







Le trajet s'était déroulé dans un silence total. De la bourgade du Mercarel jusqu'aux prairies qui s'étalaient à perte de vue autour d'eux, comme un océan de verdure, Danne et Tyon ne s'étaient pas échangés un mot. À présent, elle ne lui prêtait même plus la moindre attention. Elle était concentrée sur son trajet. Parfois elle baillait, ou alors, elle saisissait à la volée l'un de ces brins d'herbes que la roue arrachait du sol, et la clouait entre ses lèvres. Tyon la regardait avec amusement. Elle avait l'air gentille. Il sentait qu'ils allaient bien s'entendre !

— Qu'est-ce que tu regardes ? Lança-t-elle soudain, en roulant ses yeux sur Tyon.

— ... Rien, répondit-il en souriant. Nous sommes encore loin ?

— J'sais pas.

Elle en avait du sens de l'humour, cette Danne. Enfin, voilà ce que s'imaginait Tyon... Mais il allait se rendre compte très bientôt, que la réalité bien différente. À un moment, un peu fatigué, il avait baillé fort. Danne avait profité de ce geste insolent pour mettre au point quelques détails.

— Bon, nous devons établir certaines règles avant notre arrivée, annonça-t-elle d'un ton grave. Premièrement, tu m'obéiras. Deuxièmement, tu feras la vaisselle après manger. Troisièmement, tu feras le marché. Quatrièmement, tu nettoieras entièrement la Maisonnette une fois par semaine, donc tous les cinq jours1. Et cinquièmement... si jamais j'te surprends en train de fouiner dans ma chambre... j't'en ferai voir de toutes les couleurs. Compris ?

— ... ?

La gorge nouée, Tyon la fixa avec des yeux ronds, se demandant soudain ce qui lui arrivait. Plaisantait-elle ? Où était donc passée la Danne sympathique de tout à l'heure ?


— Mais... mais... je...


— Il n'y a pas de mais qui tienne. Tu le fais, c'est tout, trancha-t-elle.

— Hein ? ! Et toi alors, qu'est-ce que tu feras ? Se révolta Tyon, qui sentait déjà la moutarde lui monter au nez.

— Rien.

Il crut que sa mâchoire allait se décrocher.

— ... Tu étais drôlement plus gentille tout à l'heure, devant mes grands-parents ! Reprocha-t-il, en s'agitant comme un puceron nerveux.

— Il fallait bien.

Il devint blanc comme un linge. Il braqua ses yeux sur la jeune fille, et elle lui rit au nez. Furieux, il commença à rougir. Lunra essaya de le calmer en voletant autour de lui et en gesticulant, mais rien n'y fit. Et soudain, il prononça la phrase de trop. Il était tellement désespéré qu'il l'avait lancée sans vraiment s'en rendre compte :

— Je... je vais le dire !

Pour Danne, cette menace fit le même effet qu'un coup de massue dans le dos. Elle tira brusquement sur les rênes des moas, et la charrette s'arrêta au beau milieu des prairies. Elle se mit à broyer nerveusement la brindille qu'elle avait à la bouche, et braqua ses yeux sur Tyon. Il crut à cet instant que la terre se fendait sous ses pieds. Danne ressemblait maintenant à une ogresse enragée.

— Descends, ordonna-t-elle.

— ... Quoi ?

Elle colla son front contre le sien, écarquilla ses yeux et répéta :

— De-scends !

Terrifié, il s'exécuta. Il bondit et se retrouva les pieds dans les hautes herbes. À ce moment, ce qu'il redoutait se produisit : Danne fit claquer les rênes, et le véhicule fonça...

— ? !... Danne ! Cria-t-il, paniqué. Danne, attends-moi !!!!

À ses appels désespérés, l'adolescente ne répondait qu'en secouant la main.

— Danne ! Daaaaanne !!! Beuglait-il.

Ce fut au cours de ce grand moment de désespoir, que Tyon tira sa première leçon : il ne fallait jamais froisser Danne. Il regarda autour de lui, et réalisa qu'il n'y avait rien d'autre qu'une vaste étendue d'herbes et de fleurs hautes. Une poignée de bourgades, qu'il n'était pas très sûr de connaître, se trouvaient non loin de là. Il y avait aussi des forteresses aux palissades pointues. Bien plus loin, se dressait une muraille immense faite de briques grises qui avait une forme circulaire.

Il savait que celle-ci abritait le Bourg Central. Il était bien tenté d'y aller pour trouver de l'aide, mais il avait un peu peur. Si jamais des sa-buraus, force armée du Bourg, le croisaient seul, ils le ramèneraient très certainement chez lui... au Mercarel. Et lorsque ses grands-parents apprendraient sa mésaventure, ils se réjouiraient secrètement et ne le laisseraient plus jamais partir de la maison...

— Et moi qui voulais jouer les aventuriers... pensa-t-il à mi-voix, abattu.

Lunra flottait à ses côtés, amusé . Il ne se faisait pas beaucoup de souci pour son compagnon, il avait senti dès le début que cette Danne n'avait pas un mauvais fond. Peut-être qu'en l'abandonnant là, elle voulait tout simplement le durcir, et le rendre moins chétif.

Le fé avait toujours su que Tyon n'était pas très courageux, et il se doutait que sans lui, il passerait très certainement ses journées enfermé chez lui. Ce départ de la maison était une bonne occasion de le murir un peu.

Tyon s'éleva sur la pointe des pieds, et scruta l'horizon. Et à sa grande surprise, il aperçut au loin la charrette, aussi minuscule qu'une tache marron dans un océan vert. Danne s'était arrêtée ! Fou de joie, il fonça la rejoindre, mais à peine elle le vit remuer, qu'elle redémarra à vive allure.

— Oh non... Gémit-il. Danne ! Danne ! !

Le petit jeu se poursuivit durant tout le trajet. Quand il s'arrêtait, à bout de souffle, elle l'imitait ; et quand il repartait, elle fonçait de plus belle, bien décidée à le décourager. Et après une course pénible qu'il avait crue sans fin, il avait fini par atteindre l'arc en bois donnant sur une bourgade, blottie à une forêt aussi dense qu'inquiétante. Sur le fronton de l'arc, était gravé le nom de la bourgade.

Bourgade des Arbusines... Lut-il à haute voix, avant de reprendre sa course pour rattraper Danne.

La bourgade des Arbusines ne possédait qu'une seule rue, et à lire ce panneau en bois planté à l'entrée, elle s'appelait Allée des Arbuses. Il y progressa lentement, intimidé. L'émerveillement né de la découverte de ce lieu avait évanoui ses crampes aux jambes. De nombreuses personnes emménageaient. Près des calèches et charrettes stationnées en contrebas des pelouses en pente des maisons, se tenaient des jeunes garçons et filles qui découvraient avec une boule au ventre cet endroit où ils avaient atterri. Beaucoup se demandaient déjà s'ils n'avaient pas fait le mauvais choix. À leurs côtés, voletaient leur féee aux lueurs vives. Quand les petites créatures apercevaient Lunra, elles lui adressaient un signe timide de la main.

Tyon avait vu la charrette de Danne contourner des marches de pierre plates, à l'extrémité de l'Allée des Arbuses, qui conduisaient à la cour d'une maison en retrait par rapport aux autres. Elle était blottie dans une zone déboisée de la forêt, mais entourée d'une palissade d'arbres qui formaient un croissant de lune autour d'elle.

Lorsqu'il franchit à son tour les marches, il se retrouva au milieu d'une vaste et magnifique cour. Elle était recouverte d'un épais manteau végétal fait d'herbes, de pâquerettes, pissenlits et coquelicots. Au fond de la cour, près d'une muraille d'arbres délimitant la forêt, poussaient trois magnifiques amandiers aux branches revêtues de fleurs blanches.

Tyon se promenait en contemplant la maison en bois, haute et fine telle une tour qui trônait majestueusement dans la cour.

— Sympa, non ? Lançait Danne, qui venait d'ouvrir une fenêtre au deuxième étage, comme si de rien n'était. Je suis arrivée il y a quelques semaines, j'ai déjà commencé à m'occuper de certains travaux. Nous finirons le reste à deux.

Tyon la guetta avec méfiance et poursuivit son chemin. À présent, il savait qu'il valait mieux réfléchir à deux fois avant de lui répondre. Lunra survolait les fleurs de la cour. Celles qui n'avaient pas encore éclos, il les enchantait à coup de baguette, et aussitôt elles s'ouvraient, en crachotant leur pollen frais qui alléchait une troupe d'abeilles.

— Peu après, Danne rejoignit Tyon pour lui faire visiter les lieux.

— Voici ta nouvelle maison : la Maisonnette, présenta-t-elle en se promenant dans la cour, un brin d'herbe au bec, pendant que le jeune garçon la suivait à une distance prudente. Comme tu peux le voir, elle est à l'écart de toutes les autres, et nous sommes encerclés par cette espèce de forêt envahissante.

Et cette forêt, Tyon la connaissait. Il s'agissait de la Forêt des Selves. Elle était connue dans Natale pour avoir abrité ces êtres verts, mi-humains mi-végétaux que l'on surnommait Selves, ainsi que des créatures fabuleuses. Vue de la cour de la Maisonnette, leur forêt semblait inaccessible. Elle avait une muraille d'arbres, faite de troncs solidement tressés à l'aide d'énormes racines aériennes, hérissées d'épines pointues.

Voici l'écurie, désigna-t-elle, en indiquant une vieille bâtisse blottie à la Maisonnette, côté bourgade, qui semblait tenir miraculeusement en place malgré les ravages des termites. T'as un moa ? (il secoua la tête). Quand t'en auras un, tu pourras l'installer là. Il suffira de nettoyer un coup.

En suivant un chemin de dalles espacées, ils atteignirent un bassin aquatique. Par-dessus une grosse pierre trônait une petite maison de féee qui aurait été idéale pour Lunra. D'ailleurs, peu après leur passage, le fé l'explorait. Mais curieusement, il s'aperçut que la couleur dominante était le rose. La personne qui l'avait décorée devait s'imaginer qu'elle appartiendrait à une fée.

— C'est beau, confessa Tyon en contemplant les jolis nénuphars, qui flottaient délicatement à la surface du bassin.

— Il y a une rivière non loin de là, avec un peu de chance tu pourras trouver des carpes et les installer là dedans. Ça sera l'occasion de faire connaissance avec les autres gamins du coin, fit-elle. Bon, au boulot maintenant.

Durant toute la matinée, il emménagea dans sa nouvelle chambre, que Danne lui avait laissé choisir.

La Maisonnette possède quatre étages. J'occupe le second, t'es libre de choisir entre les trois autres. La cuisine occupe tout le rez-de-chaussée, annonça-t-elle en le regardant avec indifférence crouler sous le poids des bagages. 

Tyon avait fait le choix du quatrième sans vraiment savoir ce qui l'attendait.

L'intérieur de la Maisonnette était étroit, en plus d'être entièrement en bois. Les pièces étaient de forme carrée, et toutes les portes intérieures étaient coulissantes. Le quatrième étage, comme tous les autres sauf le second, était plongé dans l'obscurité. On ne distinguait que des silhouettes d'armoires poussiéreuses.

Danne fit coulisser la porte de la chambre, puis alla ouvrir les fenêtres. Aussitôt, la puissante lumière du jour s'y engouffra.

Tout n'était que poussière. Les meubles, le lit, le plancher... On aurait cru que personne n'avait mis les pieds ici depuis des saisons. C'était presque effrayant.

— Quelqu'un a déjà vécu ici ? Questionna Tyon, sur un ton ironique.

— Oh oui, répondit calmement Danne, en ramassant un long bâton surmonté d'un crochet rouillé, qui reposait contre une armoire.

— Où est-il maintenant ? Poursuivit-il.

Danne planta le bâton dans le sol et répondit.

— Il est mort. Dans cette pièce...

Tyon sentit un frisson le parcourir.

— Personne n'a jamais retrouvé son corps... P't'être qu'il se trouve sous le lit, ou dans ce manteau de poussière... Fit-elle.

Tyon se demandait une fois de plus ce qui avait pu le pousser à quitter sa chambre douillette pour ce lieu, où chaque nuit en s'endormant il risquait de servir de festin à une famille de souris.

Tiens, apporte-moi cette commode à côté de toi, demanda-t-elle, tandis qu'elle luttait pour passer le crochet du bâton dans une boucle métallique fixée au plafond. Allez dépêche...

Tyon s'activa. Il fit glisser l'objet jusqu'à elle. Danne grimpa dessus et parvint enfin à actionner le mécanisme. Pendant qu'elle faisait tourner le crochet dans la boucle, le double-portillon du plafond s'ouvrit en couinant, provoquant une pluie de poussière.

« Un toit ouvrant ! Se réjouissait Tyon. »

La chambre baignait maintenant dans une lumière vive.

— Les portillons sont un peu rouillés, déclara-t-elle. Mais à force de les utiliser, ça ira mieux. Tiens, il y a aussi...

Danne grimpa agilement au toit et souleva l'échelle qui s'y trouvait. Elle la redressa au-dessus du double portillon ouvert, et l'introduisit dans les rails qui remontaient le mur.

— Active les cales-marches, dit-elle, le visage crispé par l'effort.

Impressionnant. Époustouflant. Rien d'autre ne pouvait exprimer ce que Tyon ressentait en ce moment, debout sur le toit de la Maisonnette, qui semblait être celui du monde. Il avait une vue somptueuse de la Province. Il apercevait le Bourg Central ; les forteresses des prairies ; et cette montagne qui surplombait la Forêt des Selves, sur laquelle trônait, selon la légende, le merveilleux Palais des Songes...

Mais pour l'instant, il n'y avait que la Forêt qui attirait Tyon. Elle semblait si étrange... Ses yeux ne pouvaient s'en détacher. Elle paraissait dégager une force invisible, qui l'attirait... Danne, qui s'en était aperçue, annonça aussitôt une nouvelle règle.

— Je te déconseille de t'en approcher. Mieux que ça, j'te conseille de l'oublier.

Si en temps normal Tyon l'aurait demandé « Pourquoi ? » par pure provocation.

— Si un jour t'as le malheur de me désobéir... Croise les doigts pour que j'te surprenne pas. Parce que si c'est le cas...

Elle se tourna vers lui, plissa un peu plus ses yeux et conclut :

— ... Je te ferai vivre un enfer.


1À Natale, une semaine compte cinq jours.

mardi 25 décembre 2012

Chapitre Introductif : Tyon





Chapitre Introductif : 
Tyon 




À l'époque du Merveilleux, il existait un continent nommé Belle-Érys. C'était une immense étendue de terre qui abritait d'innombrables trésors, et qui était séparée en cinq provinces : Ériale, Médène, Fidia, Eauclaire et Natale.

À Natale, la tradition voulait qu'à la fin de l'école primaire, les enfants quittent la maison familiale pour accomplir pendant cinq ans leur service à la société : la Sociétale.

Mais au fil des ans, la tradition était peu à peu abandonnée, et seuls quelques uns la respectaient encore. Pourquoi ? Parce que la Sociétale offrait un gros avantage : celui de pouvoir voyager dans les provinces voisines, et découvrir les richesses qu'elles abritaient...
Mais avant de les laisser partir, il fallait qu'ils fassent leurs preuves en partant du cocon familial pendant deux saisons1. Ceux qui y parvenaient étaient autorisés à se lancer dans la grande aventure.

C'est ce qui expliquait qu'en ce moment, dans une maison de la bourgade du Mercarel, un jeune garçon s'agitait. Il courait dans tous les sens, poursuivi par ses grands-parents qui tentaient désespérément de le retenir. Il hissait sur ses petites épaules des balluchons, et les entassait au seuil de la porte, qu'il n'avait pas encore ouvert pour aller saluer la jeune fille qui l'attendait dehors.

Elle se trouvait au milieu du jardin orné de plates-bandes fleuries qui diffusaient leur parfum printanier. Devant elle, se dressait la maison blanche à étages. Les rideaux des fenêtres étaient tous tirés et derrière ceux-ci, elle distinguait trois silhouettes qui s'animaient.

Elle reconnaissait celle du grand-père, mince et élancée, celle de la grand mère, de taille moyenne, et enfin celle du jeune garçon. Ce dernier était suivi d'une fée à la lueur violette.
Soudain, la porte s'ouvrit et il apparut, chargé de balluchons. Il était vêtu d'une salopette sombre aux bretelles pendantes, assortie d'une marinière à manches courtes, aux rayures noires et blanches.

La jeune fille l'observait quand elle remarqua la créature qui voletait à ses côtés, et qu'elle pensait être une fée. Surprise, elle plissa les yeux pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas, puis comprit que ce n'était pas une fée... mais un fé !

Le garçon demeura immobile pendant un moment, fixant d'un œil curieux mais aussi méfiant celle qui l'attendait. C'était une adolescente aux cheveux bruns et mi-longs, aux yeux bridés. Contrairement à lui, elle ne possédait pas de féee1. Dommage : son petit Lunra ne s'amuserait pas beaucoup, là-bas.
Il l'observa encore durant quelques instants, avant de se décider à l'approcher d'un pas assuré, et de lui tendre la main. En temps normal, le caractère trempé de la jeune fille l'aurait poussé à l'écarter d'une tape, mais ici, devant ces vieillards qui guettaient à la fenêtre... ça n'aurait pas été très correct. Alors, elle la serra.

— Bonjour, salua-t-elle. Je m'appelle Danne, c'est avec moi que tu habiteras désormais. Tu es Tayonne Clou, c'est ça ?
— Oui. Tyon Cloud. Prononce Té-yonn Clawd, précisa-t-il en souriant, tandis qu'elle haussait les épaules.
La première impression que Danne avait eue de Tyon, était qu'il devait être sympathique. Il semblait âgé de dix ou onze ans. Il avait un visage d'enfant, avec une chevelure blond cendré en bataille. Dans ces yeux bleus-gris qui la fixaient, pétillait une certaine malice, qui avait dû donner durant des années du fil à retordre à ses grands-parents. Il avait tout du garçon normal, du genre à être apprécié par sa bande d'amis. Mais il avait aussi tout pour devenir son souffre-douleur, quand ils vivraient tous les deux...

— Enchantée Tyon, répondit-elle, en secouant sa main. Dis-moi, c'est bien un fé que je vois là ?

— Oui ! Il s'appelle Lunra ! Affirma-t-il, enthousiaste, pendant que le fé tourbillonnait autour de Danne. Tu n'as jamais vu de fé ?

— À vrai dire, les fés sont très rares dans la région d'où je viens. Bien, donne-moi tes affaires, je vais commencer à les charger.Merci Danne, dit-il, en se débarrassant de ses balluchons.

— Il ne me reste plus qu'un tour à faire, et nous pourrons enfin partir... Je suis tellement impatient... !

« Oh, crois-moi, tu changeras vite d'avis quand nous serons là-bas, pensa Danne. »

Tyon s'éloigna rapidement et retourna dans la maison, suivi de Lunra. Au moment où il franchit la porte, il surprit ses grands-parents, glissés derrière les rideaux, en train d'épier Danne.

— Vous n'avez pas honte ? Fit-il, en les faisant bondir.

Il demeura immobile à l'entrée, réalisant peu à peu qu'il vivait ses dernières minutes dans la maison familiale. Il soupira. Il monta les escaliers, décorés d'un tapis rouge tourna à l'angle et entra dans sa chambre.

Son balluchon était posé sur son lit. Quand il voulut le prendre, il entendit son grand-père se racler doucement la gorge.

— Je dois te parler Tyon !
Sa grand-mère se tenait au pas de la porte, les mains jointes, le visage crispé.

— Non grand-père, ça ne va pas recommencer ! Poussa Tyon.

— Mais... Tyon, nous ne comprenons pas... Qu'est-ce qui te pousse à nous quitter ? Questionna sa grand-mère d'une voix inquiète.

— Je vous le répète pour la cinquième fois : la Sociétale.

— Mais, la Sociétale, ce n'est pas forcément partir de la maison ! Dit le grand-père. La Sociétale ne vous oblige plus à partir immédiatement après l'école primaire, vous avez une saison libre... Passe-la avec nous !

Tyon soupira, déplaça son balluchon et se posa sur le lit. Sa chambre était en longueur et possédait une seule fenêtre, au bout de la pièce. Les murs étaient ornés de plusieurs cartes de Belle Erys, avec ses provinces aux paysages différents. Il y avait aussi des portraits de famille. Une mère, des frères plus âgés, une sœur, des grands-parents. Tous paraissaient heureux. Beaucoup étaient déjà partis explorer le Monde. À présent, son tour était venu de reprendre le flambeau.

— Grand-père... J'ai besoin d'apprendre à devenir autonome.

Apprendre à devenir autonome ! Hallucinait le grand-père, choqué. Comment pouvait-on dire ce genre de choses à dix ans ? Cette province et son système étaient en train de détruire l'enfance !

— Je voudrais partir explorer les autres provinces, expliqua-t-il. Nous pourrons toujours nous voir, et puis, je vous écrirai !

— Mais où veux-tu aller ?

— Je ne sais pas pour l'instant. Ne soyez pas si tristes, vous aurez toujours Rose. En plus, vous ne nous entendrez plus nous disputer !

Tyon leva ses yeux sur le portrait familial et quitta définitivement sa chambre.

— Helléanore, courage... Réconfortait le grand-père, tandis qu'elle étouffait un sanglot.

— Edhart... tu crois qu'il y a encore un espoir... ? Murmura-t-elle en essuyant les larmes qui brillaient au coin de ses yeux.

Son époux la contempla avec attendrissement.

— Je pense que nous devons respecter sa décision. Nous devons lui faire confiance. Le rôle des parents est d'aider leurs enfants à réussir, et non de s'opposer à eux. Nous nous lamentons au lieu de nous réjouir d'avoir un petit fils si déterminé, qui sait déjà ce qu'il veut faire.

Tyon les attendait dans le jardin. Danne entassait les balluchons dans la charrette garée. Y étaient attelés deux moas dodus. Son grand-père le serra fort dans ses bras. Sa grand-mère pleurait en silence.

— Tu n'es toujours pas parti ? Lança soudain une jeune fille qui apparut au pas de la porte.

Danne se retourna et la dévisagea. Elle eut une impression de déjà vu. Elle observa Tyon, puis la fille ; puis Tyon, puis la fille...

— Sans blague ! Vous êtes des ju... Allait-elle dire.

— Non, JE suis la plus grande ! Clama la jeune fille.

— Menteuse, c'est moi !Non c'est moi !Non, moi !

Danne les observait avec curiosité. Ils se ressemblaient beaucoup. La jeune fille avait des cheveux raides et marron clair. Son teint pâle prononçait le bleu saphir de ses yeux.

— Vous ne vous dites pas au moins au revoir, comme vos féees ? Demanda Edhart.

Le fé de Tyon et la fée de sa sœur se donnaient une accolade.

— Je ne veux pas qu'elle se mette à pleurnicher, fit Tyon avec orgueil, avant de s'éloigner de ses grands-parents pour rejoindre la charrette de Danne.

Elle venait de finir de la charger. Les moas commençaient à pousser des petits cris d'impatience.

—Bon... nous devons partir maintenant... Notre journée sera très chargée.

Tyon se laissa étreindre une dernière fois par ses grands-parents. Il adressa ensuite un signe de la tête à sa sœur, qui haussa les épaules. Il grimpa dans la charrette, à côté de Danne.

— Grand-mère, Grand-père... je... Allait-il commencer.

— Prends soin de toi Tyon, lança sa grand-mère, en s'avançant. Danne... veillez sur mon petit s'il vous plaît, c'est le seul des trois qui me reste... Je vous en supplie...

— Helléanore... Intervint Edhart en lui prenant la main. Fais attention à toi Tyon, sois sage... !

Tyon n'eut pas la force de répondre, tant il avait le cœur gonflé. Il se contenta d'approuver de la tête. Ses yeux brillaient, il sentait une boule lui monter à la gorge. Sa grand-mère faisait une tête d'enterrement comme s'il partait pour les champs de bataille. Cette scène lui rappela douloureusement des souvenirs, qu'il s'était toujours efforcé d'oublier...
Et lorsqu'il croisa les yeux bleus de sa sœur remplis de larmes, il détourna les siens. Danne claqua les rênes, et le véhicule s'engagea dans la rue pavée bordée d'abricotiers fleuris, pour rejoindre ce qui serait désormais sa nouvelle maison.

— Tyon prends soin de toi ! Lui lançait sa grand-mère.

Edhart la serra contre lui pendant que Rose courait et l'étreignait, les joues couvertes de larmes.
— Grand-père, il me manque déjà... Sanglota-t-elle en le serrant de toutes ses forces.

— Je sais Rose... Il nous manque déjà à tous... Confia-t-il en regardant la charrette disparaître à l'horizon.

1À Natale, une année compte dix mois, et une saison dure cinq mois. Donc en une année, la province ne connaît que deux longues saisons.
1À Natale, comme dans certaines provinces voisines, les fés et les fées sont réunis dans une seule catégorie : les Féees.

samedi 22 décembre 2012

Bienvenue à Natale !




Bienvenue à Natale !

Natale est l'emblématique province du continent de Belle Érys, et certainement la plus connue dans le monde, bien avant Ériale, Eauclaire, Médène ou Fidia. Réputée pour sa beauté, ses prairies verdoyantes parsemées de fleurs multicolores, ses jolies petites bourgades et son Bourg Central, elle attire à chaque Printemps de plus en plus de curieux !

Lieux à visiter:

Bourg Central

Tout les Natales vous le diront : qui n'a pas traversé le Bourg Central, n'a pas visité Natale. Affectueusement surnommé le Cœur de Natale par les habitants de la Province, elle est remarquable pour ses belles maisons à colombages, ses jolies rues pavées qui portent des noms de fleurs, et ses petites boutiques, prises d'assaut à chaque Printemps par les habitants.

Bar-raB

Le Bar-raB est connu dans Natale pour deux choses : la première est qu'elle a été la première taverne à ouvrir dans la Province ; et la seconde pour sa forme très curieuse de choppe géante en bois.

Vous y trouverez deux salles: la Salle Basse – dite Contrebasse – réservée aux adultes, où vous pourrez goûter au fameux Breuvage de Moa, et la Salle Haute – dite Haut-Bois –, repère de tous les jeunes natales, lorsqu'ils viennent de terminer leur journée de travail.
Danne et Tyon, les serveurs de la Salle Haute, se feront un plaisir de vous accueillir !


Les Bourgades Natales:

Natale est aussi connue pour ses nombreuses bourgades, fondées par les différentes populations qui se sont établies dans la province.
La bourgade historique est celle des Arbusines, qui côtoie la légendaire et mystérieuse Forêt des Selves, connue pour avoir abrité ces êtres obscurs mi-hommes, mi-végétaux...
Un peu plus au Nord, vous trouverez la bourgade du Castel, qui regroupe les magnifiques châteaux des nobles et riches propriétaires Natales.

Transports :

Le moa est l'unique moyen de locomotion à Natale. Oiseaux-montures dotés d'une minuscule paire d'ailes et de pattes robustes, ils pullulent dans la Provine. Les fermiers et propriétaires d'écuries se feront un plaisir de vous les louer à des prix très alléchants le temps de votre séjour dans la Province Fleurie1 !

Culture et Vie à Natale :

Scolarité : On dit souvent de Natale qu'elle possède, comparée à ses voisines, le meilleur système scolaire de Belle-Érys. Celui-ci repose sur cinq principes :
Pas de redoublement
Début de la scolarité à cinq ans
Fin du premier cycle scolaire à dix ans
Année libre de dix à onze ans.

Début de la Sociétale à onze ans (sauf cas particuliers).